Ce que l’histoire de l’informatique nous fait parfois oublier
Lorsqu’on évoque l’informatique, certaines images reviennent souvent : un développeur devant plusieurs écrans, un hacker dans une série télévisée ou encore les figures emblématiques de la Silicon Valley.
Ces représentations donnent parfois l’impression que le numérique a toujours été un univers masculin.
Pourtant, l’histoire raconte tout autre chose.
Les premières personnes à avoir imaginé, écrit et développé des programmes informatiques étaient souvent… des femmes.
À travers plusieurs parcours normands, Destination IA invite également à découvrir une autre réalité : aujourd’hui encore, les femmes contribuent à faire avancer la recherche, la cybersécurité, la santé, l’entrepreneuriat ou encore l’intelligence artificielle.
Les programmeuses oubliées de l’histoire
L’une des figures fondatrices de l’informatique est Ada Lovelace.
Dans les années 1840, cette mathématicienne britannique collabore avec Charles Babbage sur un projet de machine à calculer. Si la machine ne verra jamais le jour, Ada Lovelace comprend qu’elle pourrait exécuter des suites d’instructions bien plus complexes que de simples calculs.
Dans ses notes, elle décrit ce qui est aujourd’hui considéré comme la première forme de programme informatique.
Un siècle plus tard, lors du développement de l’ENIAC, considéré comme le premier ordinateur moderne, ce sont également des femmes qui sont chargées de programmer la machine.
Les « ENIAC Girls » relèvent ce défi avec succès.
Pourtant, lorsqu’un article du New York Times présente l’ordinateur en 1946, aucune d’entre elles n’est citée. Cette invisibilisation est aujourd’hui connue sous le nom d’« effet Matilda ».
L’histoire retiendra davantage les machines que celles qui les ont programmées.
Même constat pour Margaret Hamilton, dont le travail sur le logiciel embarqué des missions Apollo a contribué au succès de l’alunissage de 1969.
Quand l’informatique change d’image
Alors pourquoi l’informatique est-elle aujourd’hui perçue comme un univers principalement masculin ?
Le dossier présenté dans Destination IA avance une piste intéressante.
Pendant longtemps, la programmation est considérée comme un travail scientifique du tertiaire, dans lequel les femmes trouvent naturellement leur place.
Puis arrive l’ère du micro-ordinateur.
Progressivement, la figure du programmeur évolue.
Dans l’imaginaire collectif, il devient un passionné de technologie, un « geek », un « hacker » ou un « gamer ».
Des représentations dans lesquelles les garçons sont davantage encouragés à se projeter que les filles.
Ces stéréotypes continuent aujourd’hui d’influencer les choix d’orientation et les parcours professionnels.
En France, les femmes représentent environ un quart des emplois du numérique. Dans certains métiers très techniques, leur part est encore plus faible.
Pourtant, il n’existe pas un seul chemin vers le numérique
C’est sans doute le principal enseignement des portraits présentés dans Destination IA.
Les femmes rencontrées dans le cadre de l’exposition n’ont ni les mêmes parcours, ni les mêmes métiers, ni les mêmes spécialités.
Certaines sont chercheuses.
D’autres entrepreneures.
Certaines travaillent dans la cybersécurité, la santé, l’intelligence artificielle, la logistique ou encore la data.
Chloé Masse a d’abord étudié les lettres avant de découvrir le développement informatique. Aujourd’hui, elle est ingénieure de développement et cofondatrice du collectif Casseuses de Codes.
Lucile Derly a fondé la start-up Arterya autour d’une innovation destinée aux professionnels de santé.
Estelle Pawlowski travaille sur les questions de protection de la vie privée et de cybersécurité au sein du laboratoire GREYC.
Sarah Blondel accompagne des projets liés à la donnée et à l’intelligence artificielle.
Claire Robinson développe des solutions qui utilisent la donnée touristique pour créer de nouveaux services numériques.
Khady Ba agit pour rendre les métiers du numérique plus accessibles aux jeunes filles grâce à l’association Les Fées Marraines.
Lina Fatima Soualmia et Caroline Petitjean travaillent quant à elles sur des applications de l’intelligence artificielle en santé.
Autant de parcours différents qui montrent qu’il n’existe pas une seule manière d’entrer dans le numérique.
Une question de représentation
Les témoignages réunis dans le Journal d’Expo convergent vers une même idée.
La curiosité, l’envie d’apprendre, l’ouverture d’esprit ou encore la persévérance comptent souvent davantage que les stéréotypes associés à certains métiers.
L’enjeu n’est pas seulement de mieux représenter les femmes dans le numérique.
Il s’agit aussi de permettre à chacun et chacune de se projeter dans ces métiers, quels que soient son parcours, son origine ou ses centres d’intérêt.
Ce que ces parcours racontent du numérique
L’histoire de l’informatique nous rappelle une chose essentielle : les femmes ont participé à son développement depuis ses débuts.
Les parcours présentés dans Destination IA montrent qu’elles continuent aujourd’hui à contribuer à la recherche, à l’innovation, à l’entrepreneuriat et aux usages du numérique en Normandie.
Plus qu’une question de genre, ce dossier raconte surtout une diversité de chemins possibles.
Et rappelle que derrière les technologies se trouvent toujours des femmes et des hommes qui les imaginent, les développent et les font évoluer.