Journal d'expo Destination IA : Pourquoi les médecins s’entraînent-ils comme des pilotes ?

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Apprendre, anticiper, personnaliser : comment le numérique transforme certaines pratiques médicales

Avant de réaliser certains gestes sur de vrais patients, les médecins peuvent aujourd’hui s’entraîner dans des environnements de simulation très proches du réel.

Une approche qui rappelle celle utilisée depuis longtemps dans l’aéronautique.

Comme les pilotes, ils répètent certains scénarios, analysent leurs décisions et se préparent à gérer des situations complexes avant qu’elles ne se présentent réellement.

Cette évolution est l’un des exemples les plus surprenants présentés dans l’exposition Destination IA. Elle montre comment le numérique transforme certaines pratiques médicales bien au-delà des images souvent associées à l’intelligence artificielle.

En Normandie, plusieurs acteurs présentés dans le Journal d’Expo illustrent déjà ces transformations, de la simulation médicale à l’imagerie assistée par IA, en passant par la médecine personnalisée.

Apprendre avant d’agir

En médecine, chaque décision compte.

Les professionnels de santé doivent acquérir des compétences techniques, apprendre à réagir dans des situations parfois rares et coordonner leurs actions avec d’autres spécialistes.

Pour cela, la simulation médicale s’est largement développée ces dernières années.

Le principe est simple : recréer des situations proches du réel afin de permettre aux équipes de s’entraîner, d’expérimenter et d’apprendre sans mettre de patients en danger.

Au Medical Training Center (MTC) de Rouen, étudiants et professionnels de santé utilisent différents types de simulateurs, allant du mannequin médical à la réalité virtuelle. L’objectif est de répéter certains gestes, de travailler la coordination entre équipes et de mieux préparer les situations complexes avant qu’elles ne surviennent.

Comme le rappelle Louis Sibert, directeur scientifique du MTC :

Comme les pilotes d’avion, nous nous sommes mis à la simulation. Et ça marche !

La comparaison n’est pas anodine. Dans les deux cas, l’entraînement permet d’acquérir des automatismes, de répéter des procédures et de réduire le risque d’erreur lorsque la situation devient réelle.

Voir plus vite et mieux comprendre

L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place croissante dans le domaine de l’imagerie médicale.

Pour beaucoup de professionnels, c’est même là que les usages les plus concrets se sont développés en premier.

Pierre Decazes, médecin nucléaire au Centre Henri Becquerel de Rouen, rappelle que les spécialistes de l’imagerie ont découvert le potentiel de ces technologies bien avant l’arrivée de ChatGPT :

L’effet “waouh” de l’IA, celui que tout le monde a observé lors de la sortie de ChatGPT en 2022, les spécialistes de l’imagerie l’ont eu dès 2015-2016.

Pourquoi ?

Parce que l’imagerie médicale produit depuis longtemps de très grandes quantités de données numériques. Ces bases d’images ont permis aux algorithmes d’apprendre à reconnaître certaines structures, à améliorer la qualité des examens ou à accélérer certaines étapes d’analyse.

Au Centre François Baclesse de Caen, l’IA permet notamment d’améliorer certaines images médicales obtenues plus rapidement. Les patients passent moins de temps dans les appareils, tandis que les équipes médicales peuvent réduire les délais d’attente pour les examens.

Mais l’objectif n’est pas de remplacer le regard du médecin.

L’IA aide à traiter l’information plus efficacement. L’interprétation médicale et la décision clinique restent entre les mains des professionnels de santé.

Une médecine qui cherche à agir plus tôt

À travers les exemples présentés dans Destination IA, un même fil conducteur apparaît : l’anticipation.

La simulation permet de préparer les professionnels avant une intervention.

L’imagerie permet de mieux détecter certaines informations avant qu’elles ne deviennent visibles à l’œil nu.

Et l’intelligence artificielle ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives pour adapter les traitements à chaque patient.

Au Centre François Baclesse, des chercheurs travaillent par exemple sur des outils capables de prédire l’efficacité potentielle de certains traitements à partir des caractéristiques observées sur les images médicales.

Au Centre Henri Becquerel, le logiciel SimpleDose explore la possibilité d’adapter plus finement certains traitements contre le cancer de la prostate en estimant à la fois leur efficacité et leurs effets secondaires potentiels.

Ces approches relèvent de ce que l’on appelle parfois la médecine personnalisée : une médecine qui cherche à mieux prendre en compte les spécificités de chaque patient plutôt qu’à appliquer systématiquement le même protocole à tous.

Des innovations normandes au service de la santé

Le Journal d’Expo met également en lumière plusieurs initiatives développées en Normandie.

À Caen, le laboratoire COMETE utilise l’intelligence artificielle pour mieux comprendre les mouvements humains et développer des outils capables de détecter une baisse de vigilance ou les premiers signes de certaines maladies neurodégénératives.

Autre exemple : Bodycap, qui a développé le capteur eCelsius. De la taille d’une gélule, il peut être avalé afin de mesurer la température corporelle en continu. Utilisé en recherche clinique comme dans le sport de haut niveau, ce dispositif normand a déjà été diffusé à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires dans le monde.

Ces innovations montrent que les transformations numériques de la santé ne se limitent pas aux grands centres hospitaliers. Elles mobilisent également des laboratoires, des chercheurs et des entreprises implantés sur le territoire normand.

Derrière la technologie, des professionnels de santé

Lorsque l’on parle d’intelligence artificielle en santé, l’attention se porte souvent sur les algorithmes.

Pourtant, les exemples présentés dans Destination IA racontent surtout une autre histoire.

Celle de professionnels qui cherchent à mieux se former.

À mieux comprendre.

À mieux anticiper.

À mieux accompagner les patients.

De la simulation médicale à l’imagerie assistée par IA, en passant par les perspectives de la médecine personnalisée, toutes ces innovations poursuivent un même objectif : aider les soignants à prendre des décisions plus éclairées.

Les outils évoluent.

Les technologies progressent.

Mais la responsabilité du diagnostic, du soin et de la relation avec le patient demeure profondément humaine.

Et c’est sans doute l’une des principales leçons de cette révolution discrète qui est déjà à l’œuvre dans les établissements de santé normands.

Pour aller plus loin

Ce sujet est issu du Journal d’Expo de Destination IA, qui donne la parole aux chercheurs, professionnels, entreprises et acteurs du territoire qui façonnent les usages du numérique en Normandie.

Retrouvez l’intégralité des interviews et des dossiers dans le Journal d’Expo, consultable en ligne, dans l’exposition et disponible à l’achat à l’Atrium.

📍 Et poursuivez la découverte dans l’exposition Destination IA.