Le 12 mai, à l’Hôtel de Région – site de Rouen, Science Action Normandie accueillait Marc-André Selosse dans le cadre des Forums régionaux du savoir.
Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, biologiste et grand vulgarisateur, il a proposé une conférence dense et accessible sur notre rapport à la nature, au vivant et aux équilibres que nous croyons parfois trop vite comprendre.
La nature n’est pas un décor
Dès le début de la conférence, Marc-André Selosse a rappelé une idée essentielle : nous ne sommes pas séparés de la nature.
Notre alimentation, notre santé, nos déchets, nos microbes, nos modes de production : tout nous relie aux écosystèmes, même lorsque ces liens sont invisibles.
Le vivant n’est pas un décor extérieur à préserver “à côté” de nous. Il est une condition de notre existence.
Un lien intime avec les écosystèmes
Pour Marc-André Selosse, notre lien à la nature commence très concrètement dans notre assiette.
Derrière chaque aliment se trouvent des espèces, des sols, des microbes, des paysages agricoles, des modes de production. Ce que nous mangeons nous relie directement à des écosystèmes parfois lointains.
La conférence a ainsi montré comment nos choix alimentaires influencent notre santé, mais aussi la qualité des milieux dont nous dépendons.
Microbiotes : les écosystèmes que nous portons
Autre point central : nous abritons nous-mêmes des écosystèmes.
Notre peau, notre bouche, notre intestin accueillent une multitude de micro-organismes. Loin d’être uniquement des menaces, ces microbes participent à notre digestion, à notre immunité, à notre métabolisme et même à certains mécanismes liés au système nerveux.
Marc-André Selosse a rappelé que vouloir tout désinfecter n’est pas toujours une bonne idée. Un microbiote diversifié est aussi un allié de notre santé.
L’équilibre naturel : une idée à nuancer
La conférence a également déconstruit une idée très répandue : celle d’un “équilibre naturel” que l’humain aurait simplement perturbé.
Pour le biologiste, la nature n’est pas figée. Elle évolue sans cesse. Les espèces apparaissent, disparaissent, s’adaptent, transforment leur milieu.
L’enjeu n’est donc pas de revenir à un état supposé idéal, mais de comprendre les dynamiques du vivant pour mieux agir.
Évolution, agriculture et santé
Marc-André Selosse a montré que l’évolution n’est pas seulement une théorie scientifique : c’est un outil pour comprendre le monde actuel.
Résistance aux antibiotiques, résistance aux insecticides, évolution des maladies, adaptation des cultures : ces phénomènes montrent que le vivant réagit en permanence à nos pratiques.
En agriculture comme en médecine, ignorer l’évolution peut conduire à des impasses. La comprendre permet au contraire d’imaginer des solutions plus robustes.
Déchets : changer de regard
Autre renversement proposé pendant la conférence : les déchets ne sont pas toujours seulement des nuisances.
Dans le vivant, ce qui est rejeté par une espèce peut devenir une ressource pour une autre. Feuilles mortes, matière organique, excréments : les cycles naturels reposent sur ces transformations.
Marc-André Selosse invite ainsi à mieux distinguer les déchets réellement problématiques, comme certains plastiques ou molécules persistantes, des ressources que nous pourrions mieux réutiliser.
Une conférence pour penser autrement notre place dans le vivant
Cette conférence a rappelé que les grands enjeux environnementaux ne peuvent pas être abordés uniquement sous l’angle de la protection de la nature.
Ils concernent aussi notre santé, notre alimentation, notre agriculture, nos choix industriels, nos déchets et notre manière de transmettre les savoirs.
Avec humour, précision et engagement, Marc-André Selosse a proposé une idée forte : mieux comprendre le vivant, ce n’est pas seulement mieux le préserver, c’est aussi mieux vivre avec lui.
Retrouvez l’intégralité de la conférence en vidéo ci-dessous