Forums du Savoir : David Chavalarias décrypte l’emprise des réseaux sociaux sur nos démocraties

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À l’occasion de l’ouverture de DESTINATION IA, Science Action Normandie accueillait la deuxième conférence 2026 des Forums du Savoir à l’Hôtel de Région – site de Rouen.

Invité de la soirée :
David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des sciences sociales computationnelles et auteur notamment de Toxic Data et Elon Musk en 50 tweets.

Un échange dense, éclairant — et résolument d’actualité.

Réseaux sociaux : un simple outil… ou une infrastructure politique ?

Dès l’introduction, le ton est donné :
les réseaux sociaux ne sont pas de simples espaces de discussion.

Les réseaux sociaux tels qu’ils sont conçus aujourd’hui sont incompatibles avec la démocratie. Il va falloir choisir : soit on a ça, soit on a la démocratie.

Pour David Chavalarias, nous vivons une transition informationnelle majeure.
En vingt ans, nos espaces de débat se sont numérisés — et avec eux, les mécanismes d’influence.

Aujourd’hui, près d’un Français sur cinq déclare que sa principale source d’information est issue des réseaux sociaux.
Une évolution rapide, aux conséquences profondes.

Algorithmes : ce que nous voyons n’est pas neutre

Un point central de la conférence : le rôle des algorithmes.

Les contenus affichés dans nos fils d’actualité ne sont pas un simple reflet de nos abonnements. Ils sont triés, hiérarchisés, amplifiés.

Ce que vous voyez est enrichi en contenu toxique.

Les algorithmes favorisent l’engagement — et donc souvent les contenus polarisants, clivants, émotionnels.
Résultat : une augmentation mesurable de l’hostilité dans les échanges en ligne.

Selon les travaux présentés, la part de contenus négatifs dans les débats politiques en ligne est passée de 30 % en 2013 à plus de 50 % en 2022.

Désinformation, manipulation et stratégies d’influence

La conférence a également exploré les stratégies d’ingérence numérique :
fermes à trolls, campagnes coordonnées, manipulation de l’attention, détournement sémantique.

Au-delà de la désinformation pure, David Chavalarias insiste sur une stratégie plus subtile :

L’objectif n’est pas tant de désinformer que de désorienter.

Créer le doute.
Brouiller la distinction entre fait et opinion.
Affaiblir la confiance dans les institutions scientifiques, médiatiques et politiques.

Un phénomène qui ne concerne pas uniquement les États-Unis ou d’autres régions du monde : l’Europe est directement concernée.

Liberté d’expression : un mot aux sens multiples

Autre point fort de la conférence : la bataille sémantique autour de la « liberté d’expression ».

Selon David Chavalarias, ce terme est aujourd’hui utilisé de manière stratégique par certains acteurs pour défendre des positions qui relèvent davantage d’un contrôle privé des plateformes que d’un élargissement du débat public.

Comprendre ces glissements de sens est essentiel pour décrypter les transformations en cours.

Et maintenant ?

La conférence ne s’est pas arrêtée au constat.

Elle a ouvert des pistes :
régulation européenne, développement d’alternatives numériques, souveraineté technologique, éducation critique aux médias.

Car si les infrastructures numériques façonnent nos échanges, elles ne sont pas immuables.

Et c’est précisément l’un des enjeux portés par DESTINATION IA :
comprendre les technologies pour mieux en débattre.

🎥 Retrouvez l’intégralité de la conférence en vidéo ci-dessous.