Journal d'expo Destination IA : Comment sait-on qu’un champ a besoin d’eau ?

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Voir ce qui n’est pas encore visible

Avant qu’une plante ne jaunisse ou ne montre des signes visibles de stress, quelque chose a déjà changé.

Dans le sol, l’eau se fait plus rare. La croissance ralentit. La plante commence à adapter son fonctionnement. Pourtant, à l’œil nu, rien ne semble encore différent.

Alors comment savoir qu’un champ a besoin d’eau ? Comment repérer une difficulté avant qu’elle ne devienne visible ? Et comment intervenir au bon moment ?

Longtemps, ces décisions ont reposé sur l’observation du terrain, l’expérience et la connaissance fine des cultures.

Aujourd’hui, de nouveaux outils viennent compléter ce regard.

Capteurs, satellites, robots, intelligence artificielle ou modèles numériques permettent aux agriculteurs de mieux comprendre ce qui se passe dans leurs parcelles et parfois même d’anticiper certaines situations avant qu’elles ne deviennent visibles.C’est l’une des transformations racontées dans l’exposition Destination IA.

Le numérique pour gérer la complexité

Contrairement à certaines idées reçues, les agriculteurs ne sont pas devenus des informaticiens.

Comme le rappelle Rémi Laurent, directeur Innovation Recherche et Développement des Chambres d’agriculture de Normandie, les agriculteurs sont avant tout des utilisateurs pragmatiques : lorsqu’un outil répond à un besoin concret, ils s’en emparent.

Et les besoins sont nombreux.

Les exploitations agricoles doivent composer avec des conditions météorologiques changeantes, des enjeux environnementaux croissants, des contraintes économiques fortes et une multitude de paramètres à surveiller.

Dans cet environnement complexe, le numérique apporte de nouvelles capacités d’observation et d’analyse.

Voir un champ depuis l’espace

Lorsqu’on pense agriculture numérique, on imagine souvent les satellites.

Ce n’est pas un hasard.

Grâce aux systèmes de géolocalisation de très haute précision et à l’imagerie satellitaire, les agriculteurs peuvent aujourd’hui observer leurs parcelles d’une manière totalement nouvelle.

Les images collectées permettent notamment de cartographier les exploitations et d’obtenir des informations sur la croissance des végétaux, leurs besoins en fertilisation ou certains déséquilibres qui pourraient nécessiter une attention particulière.

Depuis le sol, certaines différences sont difficiles à percevoir.

Depuis l’espace, elles deviennent parfois visibles.

Cette capacité à observer autrement constitue l’un des apports majeurs du numérique en agriculture.

Détecter avant que cela ne se voie

Pour Jérôme Dantan, enseignant-chercheur à UniLaSalle Rouen, l’un des usages les plus prometteurs de l’intelligence artificielle concerne justement cette capacité à anticiper.

Les chercheurs utilisent aujourd’hui des images issues de satellites, de drones ou de plateformes expérimentales afin d’obtenir des informations précieuses sur l’état des cultures.

Ces analyses peuvent aider à déterminer le meilleur moment pour semer, mieux gérer la fertilisation, prédire certaines récoltes ou encore détecter les premiers signes d’une maladie.

À Rouen, dans la serre expérimentale NormandSerre, les équipes d’UniLaSalle travaillent notamment sur le stress hydrique des plantes. Les végétaux sont photographiés quotidiennement dans plusieurs centaines de bandes spectrales différentes afin d’entraîner des modèles capables d’identifier des signes de stress avant qu’ils ne soient visibles à l’œil humain.

L’objectif n’est pas de remplacer l’agriculteur.

L’objectif est de lui permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans ses cultures et d’agir plus tôt lorsque cela est nécessaire.

Une agriculture déjà connectée

L’agriculture numérique n’appartient plus au futur.

Elle fait déjà partie du quotidien de nombreuses exploitations.

En France, environ 30 000 sondes connectées servent au suivi des besoins en eau dans les sols ou sur les plantes.

En Normandie, près de 2 500 agriculteurs utilisent l’application Mes Parcelles et plus de 11 000 éleveurs utilisent les outils Pilot’Élevage pour piloter leur exploitation.

Les robots sont également largement présents dans certains élevages. En 2024, le nombre d’exploitations normandes équipées de robots de traite a dépassé le seuil du millier.

Ces technologies restent souvent discrètes.

Pourtant, elles participent déjà à la transformation de nombreuses pratiques agricoles.

Un jour, un simulateur de ferme ?

Parmi les projets les plus ambitieux présentés dans le Journal d’Expo figure Twin Farms.

Son objectif : créer une réplique virtuelle dynamique de l’exploitation agricole.

À partir des données passées et présentes de la ferme, ce jumeau numérique pourrait permettre aux agriculteurs de tester différents scénarios avant de prendre certaines décisions.

Quelles cultures privilégier l’année prochaine ?

Comment concilier performance économique, biodiversité, santé des sols et adaptation aux aléas climatiques ?

Le projet n’en est encore qu’à ses débuts. Mais il illustre une évolution majeure : le numérique ne sert plus seulement à observer ce qui existe. Il permet aussi d’explorer ce qui pourrait arriver demain.

Derrière les données, des agriculteurs

Capteurs, satellites, intelligence artificielle, robots ou jumeaux numériques : les outils se multiplient dans le monde agricole.

Pourtant, les exemples présentés dans Destination IA racontent tous la même histoire.

Ces technologies ne remplacent ni l’expérience du terrain, ni la connaissance des cultures, ni la capacité d’adaptation des agriculteurs.

Elles apportent de nouvelles informations.

Elles aident à anticiper.

Elles permettent parfois de voir ce qui n’est pas encore visible.

Mais les décisions restent humaines.

Et c’est peut-être là l’une des leçons les plus intéressantes de cette agriculture connectée qui se développe aujourd’hui en Normandie.

Pour aller plus loin

Ce sujet est issu du Journal d’Expo de Destination IA, qui donne la parole aux chercheurs, professionnels, entreprises et acteurs du territoire qui façonnent les usages du numérique en Normandie.

Retrouvez l’intégralité des interviews et des dossiers dans le Journal d’Expo, consultable en ligne, dans l’exposition et disponible à l’achat à l’Atrium.

📍 Et poursuivez la découverte dans l’exposition Destination IA.